Le problème Mélenchon et le droit à l’insurrection

« Epsteine » ou « Epstine » ? En mauvaise posture après le meurtre du militant ethnonationaliste Quentin Deranque, Mélenchon a encore sévi. Par une adroite mais scandaleuse inversion des principes, l’antifascisme venait de remplacer le fascisme dans le rôle de l’ennemi public n° 1. Le « leader » insoumis aurait pu, comme il lui est déjà arrivé, prendre la mesure du moment. Il a mieux aimé divaguer sur le terrain puant de ceux qu’il prétend combattre, et salir, bien au-delà de son mouvement, la cause qu’il prétend défendre.

De fait, au point où nous sommes, Mélenchon n’est pas tant un problème pour la France qu’un problème pour la gauche.
Il n’est pas un problème pour la France parce qu’il ne sera jamais président de la République. Ceux qui le croient s’illusionnent et ceux qui agitent cette possibilité comme un épouvantail veulent distraire du seul véritable danger de subversion politique que nous ayons à redouter : l’arrivée au pouvoir d’un parti d’extrême droite.
Mais Mélenchon est un problème pour la gauche parce qu’il fait sa force de sa faiblesse, parce que quand elle devrait être unie, il la déchire par le milieu, parce que quand elle devrait être centrale, il la marginalise.
Certes, il n’est pas le seul problème de la gauche, qui en a bien d’autres. Mais à côté de celui-ci tous peuvent passer pour périphériques, voire anecdotiques.

La question n’est pas de savoir ce que pense Mélenchon : on ne sonde pas les reins et les cœurs. La question est ce qu’il fait et ce qu’il dit. Or dans ce domaine on ne compte plus les sorties de route qui ont tout du dérapage contrôlé… pour la bonne raison qu’elles s’inscrivent dans une stratégie aussi périlleuse que bien rodée : le populisme, autoproclamé « de gauche », la conflictualisation à outrance. Plus que les autres, la dernière de ces sorties fait froid dans le dos. Qui, depuis la fin du nazisme, commente ironiquement la prononciation d’un nom juif ? Pour l’oser à nouveau, dans le « parti » des dreyfusards, il faut que bien des principes se soient perdus en chemin.

Cela sera-t-il vu par les premiers concernés ? C’est la question qui suit immédiatement la précédente. Les personnes qui s’échinent à défendre Mélenchon contre tout bon sens emploieraient certainement mieux leur énergie à confronter lucidement sa parole et son action aux valeurs dont il se réclame. En suite de quoi celles qui ne se sentiraient nullement gênées aux entournures pourraient bien retourner se rencoigner dans leur petit isolat de fantasmes. Mais les autres, enfin décillées, seraient libres d’agir.

Car si Mélenchon est un problème pour la gauche, il l’est encore plus spécifiquement pour la FI. Personne en effet ne décidera à la place des militants de cette formation politique de se débarrasser du démiurge qui l’a créée, composée, modelée, remaniée à sa guise. Voici donc le parti de l’« insoumission » placé face à son éthique de responsabilité : mettre ou non en application, contre son chef et pour lui-même, son principe cardinal, l’insurrection, « plus sacré des droits et plus indispensable des devoirs ». Nous verrons bien s’il saute le pas. De cela dépend que la gauche affronte le gros temps à venir façon SPD vs KPD, ou façon Front populaire.

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