après le débat sans vote, le vote sans objet

Le 20 avril, nous avions laissé le parlement dans une position avantageuse : sur le point d’imposer à l’exécutif un vote sur le mouchard numérique StopCovid*. Sorti d’une léthargie de cinq semaines, il s’emparait enfin de ses prérogatives, comme il avait fait avec profit en juillet 2019, en imposant l’ouverture d’une procédure de référendum d’initiative partagée sur la privatisation d’ADP. Du haut de son estrade, Édouard Philippe avait jugé « entendable » la demande des oppositions réunies ; quelques heures encore et il y accéderait, laissant les députés tout ébaubis de leur majesté nouvelle.
Compter que le gouvernement tiendrait parole, c’était se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate. Vote il y aura, mais sur l’ensemble du « plan » de déconfinement, StopCovid compris. Après le débat sans vote, donc, le vote sans objet… Revenus de leur illusion fugace, nos représentants sont priés de se prononcer et sur l’atteinte aux libertés publiques, et sur la cagade macronienne qui occasionnera sans doute, à très court terme, un rebond épidémique. Ceci sans possibilité d’exercer leur droit d’amendement. Tout le monde aura compris la petite manœuvre ourdie par le calife et son grand vizir : faire voter en bloc pour s’éviter une cuisante défaite. Car si le dénommé Le Gendre, alias Paillasson Ier, patron des députés LREM, persiste dans sa répétition servile des éléments de langage de l’exécutif, bon nombre de ses collègues élus en 2017 commencent, eux, à se dessiller. Après Benalla et ADP, notre pays serait-il en train de redécouvrir les vertus de la démocratie d’assemblée ? Sous le régime du « parlementarisme rationalisé », rien n’est moins sûr.
Cet épisode à rebondissements a au moins le mérite de pointer quelques-uns des traits les plus saillants du mal qui nous ronge : un président capable de décider des modalités de confinement et de déconfinement de la nation tout entière dans le secret de son bureau, un parlement sans maîtrise de son ordre du jour, auquel on donne un vote comme on lui jetterait un os à ronger, etc. Loin d’être un modèle politique, notre voisine d’outre-Rhin, avec son Bundestag à coalitions, sa chancelière, ses Länder et son plan en 19 points, a bien mieux géré la crise que notre monarchie républicaine – sur la forme en tout cas. La stabilité et l’efficacité, les deux arguments d’autorité des défenseurs de la 5e, en prennent un sérieux coup dans l’aile.


* On lira sur ce sujet cette tribune de MM Casilli, Dehaye et Soufron parue dans le Monde du 25 avril.

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