ruse de la raison, ruse de la folie

Depuis le discours de Nicolas Sarkozy sur la crise financière, prononcé en 2008 à la tribune de l’ONU, on ne s’étonne plus d’entendre un président néolibéral dénoncer les prétendus excès du capitalisme. En parlant devant l’OIT d’un « capitalisme devenu fou », Emmanuel Sôter Macron n’a donc pas innové : il s’est benoîtement mis dans les pas de ceux qui habillent leur adhésion crétine à la loi du marché des oripeaux de la social-démocratie.

Cette pirouette rhétorique est une espèce de ruse de la raison. Derrière le chaos apparent, le capitalisme structure notre modernité. Il se fond dans la multiplicité de ses expressions, se parcellise et se réinvente sans cesse, pareil aux fragments chatoyants du kaléidoscope, dont les mouvements et les reflets infinis forment des images hypnotiques toujours renouvelées.

Le capitalisme a fait de la politique sa ruse. Ce qu’il ne peut prendre de vive force, comme font les potentats dans les États où la démocratie, même représentative, n’a pas encore été fermement établie, il se l’accapare sous nos latitudes par la persuasion. Ainsi, pour survivre aux accusations de plus en plus nombreuses portées contre lui, il se trouve encore capable de se réfuter lui-même. Prudent, il ne se nie cependant jamais dans son principe : après la Crise, ses mandataires ont vilipendé le capitalisme financiarisé, abstrait de l’économie réelle, et ont cloué au pilori les traders, mais n’ont jamais mis en cause l’origine du mal – la recherche effrénée de la plus-value, le « grand secret de la société moderne » dévoilé par Marx.

C’est pourquoi, face aux tartuffes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, il faut affirmer que le capitalisme n’est pas devenu fou, mais qu’il n’est né ainsi. Que c’est sa diffusion dans l’ensemble du corps social et dans chaque portion de l’existence humaine qui le rend si hautement destructeur. Que la ruse de la raison par laquelle il semble opérer est en fait une ruse de la folie : la folie intrinsèque d’un système fondé sur l’exploitation de l’humain et sur l’épuisement des ressources naturelles. Il faut affirmer aussi que seul un mouvement véritablement constituant permettra de le récuser comme fait social total, pour faire exister à nouveau le commun où se sont imposés le profit et la loi du plus fort et conjurer ainsi le « temps de guerre » prophétisé par Emmanuel Macron.

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