Impérialisme ou Cosmopolitisme

Impérialisme ou cosmopolitisme. Rarement l’alternative ne fut posée aussi clairement que par le mafieux Trump au sujet du Groenland, selon la logique « plata o plomo » popularisée par Escobar.  L’Europe, acculée, n’a d’autre choix que de refuser ce racket en ayant recours au principal moyen dont elle dispose : le droit. Ce faisant, elle opterait résolument pour le second terme de l’alternative, qui lui était au départ si étranger, mais que mille années de guerres, toutes nées dans ses flancs, ont fait advenir comme un horizon possible. L’Amérique de Washington était impérialiste, mais dans les formes de l’amitié transatlantique. L’Europe, devenue cosmopolitique, s’en prétendait l’alliée mais lui était soumise. En faisant éclater la vérité des faits, la violence trumpiste révèle la nature de l’une et engage l’autre à assumer la sienne, jusque dans la confrontation. 

Contrairement aux apparences, l’histoire du monde ne se répète ni ne revient jamais sur ses pas : elle progresse et va son chemin – c’est pour cela même qu’elle est histoire. La question de savoir si elle chemine vers le mieux ou vers le pire est dès lors la seule qui vaille et c’est à nous, humains, qu’il appartient d’y répondre. Bien au-delà de sa propre survie, l’adversité vient de saisir l’Europe de cette question fondamentale du sens de l’histoire. Cette fois-ci, cependant, il ne s’agit plus d’endosser la soi-disant « mission civilisatrice » dont elle s’est prétendue investie jusqu’au milieu du XXe siècle afin d’étendre sa domination sur la Terre et ses habitants. Il s’agit tout au contraire de faire prévaloir l’idée que la société humaine et les groupes qui la composent ne peuvent exister et s’épanouir que dans le droit – en l’occurrence, le droit des Groenlandais, des Danois et des Européens à décider pour eux-mêmes, souverainement, de leur avenir.  

Certes, face aux canons étincelants de Trump, récemment exhibés à Caracas, le fameux « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » semble bien falot, effacé, insaisissable. Et cependant, il a suffi d’une poignée de chasseurs alpins français et autres Suédois, Allemands et Britanniques pour que le chef tout-puissant du MAGA quitte le terrain des armes pour celui des taxes… et revienne ainsi dans le champ du droit, où il n’est pas certain que les juges et autres congressmen de son propre pays le laissent tout à fait tranquille. En peu de jours, en peu d’heures, preuve vient d’être administrée que ce champ du droit, fruit de la raison et des luttes, est et demeure la seule manière acceptable de composer avec l’« insociable sociabilité » de notre humaine nature… par cela même qu’il est la seule manière compatible avec la dignité des humains et de leurs sociétés.  

Fragile, inepte s’il n’est soutenu par la puissance, souvent injuste et toujours imparfait, le droit ne saurait constituer à lui seul un programme… mais il est à lui seul la condition de tout programme. Il est la pierre d’angle sans laquelle tout édifice s’écroule et aucun ne peut être érigé pour durer. Cette même pierre d’angle que la bande des démolisseurs, les Trump, les Poutine, les Xi Jinping, les Netanyahou et autres Khamenei, ensemble avec des myriades de tyrans et tyranneaux de par le monde, s’efforcent de briser en employant tout ce qui leur passe sous la main, dans leur intérêt et dans celui des dominations catégorielles qu’ils représentent. La cause de l’Erfalasorput est donc rien moins que nationaliste ou chauvine. Elle n’est pas, comme il a été dit à tort à propos de la guerre d’Ukraine lorsque les États-Unis de Biden y assumaient leur part de soutien à la résistance de Kyiv, celle d’un impérialisme en butte à un autre impérialisme. À une certaine conception du monde, atavique et oppressive, elle en oppose une autre, progressiste et coopérative – ceci malgré les desseins réels des acteurs, jamais exempts d’ambiguïtés ni de contradictions. 

Une erreur commune, dans l’interprétation des phénomènes, consiste à ne pas voir que ces conceptions cohabitent dans l’humanité, à se figurer que celle-ci est déterminée par des passions univoques. Une autre, tout aussi commune, à croire que la partie est jouée d’avance, par l’effet d’obscures lois de l’histoire. Or, l’histoire, précisément, se joue tout à fait hors de ces approches : à chaque moment critique où les masses humaines et leurs organisations sont appelées, à peine de sujétion ou de disparition, à discriminer entre ces options. Trump promeut la sienne avec la fureur qui lui est coutumière. Qui pouvait en douter ? Quant aux gouvernements d’Europe, ils donnent des signes de vouloir défendre celle dont ils se trouvent être les dépositaires. Qui l’aurait conjecturé ? La seule chose dont nous puissions à présent être sûrs est que ce qui découlera de leur union ou de leur division les dépasse de beaucoup et nous concerne tous. 

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